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lundi 5 mai 2014

L'inspiration.



Un café, une cigarette et l’esprit vide…

Être assise en extérieur par une chaude journée de printemps, face à une nature luxuriante et garder l’encéphalogramme plat. Ce ne sont pourtant pas les bruits charmants et propices à la création qui manquent.
Du chant d’une tourterelle louant les beautés printanières  à l’eau ruisselant en cascade, tout y est. Mais rien ne vient.
La muse est capricieuse. Elle a déjà tant donné, si facilement qu’on finit par penser que l’inspiration est quelque chose de naturel. Jusqu’au jour où celle-ci vous quitte. Même les œuvres d’art tant chéries ne déclenchent plus en moi l‘émoi salvateur, celui qui pousse à se battre pour leur valorisation ; leur compréhension. Un bonheur n’arrivant jamais seul, dans ces moments-là, même le stylo vous lâche…

Alors on tente de se remémorer les techniques que l’on a apprises, supposées déclencher l’écriture. : Rédiger une lettre, raconter une histoire, once upon a time… Rien.
Écrire, écrire tout et rien, ce qui vient à l’esprit mais aligner des mots afin de libérer le flux… Que dalle.

Alors on reprend les choses à la base. Fermer les yeux, intérioriser, se concentrer sur les émotions, les ressentis. Que ressens-tu ? Allez, cherche, cherche bien, cherche encore…
Mais le quadrupède poilu reviendra bredouille, couvert du néant poussiéreux qui a recouvert l’inspiration que l’on a plus sollicitée depuis si longtemps. Il reviendra la langue pendante, les oreilles en arrières et le regard hagard de l’animal qui ne comprend pas ce que l’on attend de lui. Comme si on lui avait envoyé une baballe imaginaire qu’il se serait épuisé à chercher en vain.

Contemplative, imaginative, rien n’arrive… Anne, ma sœur Anne…

Seuls quelques vers de Maïakovski viennent chantonner à mon esprit.

Que l’on aima et que l’on aime
Icones à l’abri dans la grotte de l’âme
Comme une coupe de vin à la table d’un festin
Je lève mon verre empli de poèmes
…/…
Ce soir, je jouerais de la flute sur ma propre colonne vertébrale.


-Et maintenant, que ressens-tu ?
-De la nostalgie.
-C’est un début.

Mon ventre se noue. Les larmes envahissent mes yeux, mon esprit s’égare, les émotions me submergent, les images s’entrechoquent dans ma boite crânienne. Je suis vivante… Une brèche dans la carapace, une lueur, un espoir.
-Crache ! Continues, crache !

-I’m dead I’m dead I’m dead… Pas encore.
- Bien tenté mais non. Nada. Same player shoote again.

-Une valeur sure. Mais non…

- Je confirme.
Sérendipité de la mémoire qui n’a rien d’accidentel.

-…

- Logique.
- On va ou comme ça ?
-Tais-toi et continues.

-Tu vois quoi à présent ?
-L’océan. A perte de vue. Déchainé. Il y a une tempête. Le sable blanc crisse sous mes rangers. Mes pas se déchainent. Le souffle me manque. Je suis seule sur cette plage glaciale. Je suis jeune, libre, enivrée de musique et de substances moins licites. Tellement vivante, si conne et assurément immortelle. L’avenir ? Je vais le bouffer à pleines dents. Bientôt. Je le sais, l’avenir, c’est demain. Le bonheur c’est maintenant.

-A présent ?
-Des larmes roulent sur mes joues.
-Tu souffres ?
-Non. Je ressens.
-Nostalgique ?
-Un peu.
-Les paroles ?
-Give me the words. And tell me nothing. And tell me everything. Magique.
-Le lien de ta sérendipité, le fil conducteur, cette évidence, tu la perçois parfaitement, n’est-ce pas ?
-Oui
-Alors dis-la.
-Non.
-Lâche.
-Pudique.
-Lâche !

samedi 16 juin 2012

Fermé pour cause d'inachevé

On s’enferme sur cette petite place carrée — mérite à peine le nom de place. Porosité du calme, du silence. Quatre arbres malheureux qui n’ont pas eu la chance de grandir au grand air. L’un, plus large plus assuré, protège les trois autres. De quoi, on ne sait pas.
Illusion de la place. Illusion de la rotondité.

Que vient-on chercher là ? Une preuve à sa solitude : la preuve qu’on est seul, on revient, erre là un matin de printemps mouillé — faux printemps, fausse matinée.

En colère. Colère, ressentiment, mesquin. On se sent sale d’être aussi mesquine. Mais c’est ainsi. Ça pourra peut-être, qu’en sait-on ? La suite nous le dira, les quelques mots (milliers ? millions ?) nous le diront.

On s’enferme de nouveau. On oublie la place, il n’y a plus qu’un perron, une marche sur laquelle on s’assoit.
Interruption du cycle ?

Rumeur résumée plus discrète plus perceptible plus palpable sans chercher sans vouloir.
Trivialité des événements — prosaïque. Qui eût cru que la vie pouvait être aussi banale, que les plus grosses surprises pouvaient être vécues avec une telle indifférence.
Indifférence, observation, jouissance, certes, mais pas bouleversante, jouissance aisée, facile, poids dont on se débarrasse, qu’on laisse derrière soi avec aussitôt l’envie de l’oublier, ou, non de l’oublier, mais qu’il soit une fois pour toutes derrière, dans le passé, toute réalité palpable effacée.
Va-t-en.

Enfermée sur cette petit place. Je me souviendrai toujours de la révélation qui m’a été faite près de cette petite place, petit coin pastoral caché à quelques mètres à peine d’un boulevard.

Après midi ensoleillée. Douceur de juin. Parfum de vacances. De congé plutôt.
Ivresse d’un bonheur fugace. Souvenir impalpable et doux.
Et toutes les questions qui ont suivi. Sans jamais entacher la pureté originelle. Bonheur opportuniste, secret sans fin. Secret bien caché. Qu’on ne révèlera pas, jamais.

Agacement, frustration. Temps figé par le sentiment.
Pas d’indifférence. Pente douce vers plus de frustration, plus de fatigue.
Va plus loin. Descends encore. Une marche après l’autre. Même si pas envie. On n’a jamais vraiment envie.
Il n’y a plus de bout du rouleau. Depuis longtemps dépassé. Plus de bout du rouleau. On s’aperçoit chaque instant que ça peut toujours être plus sombre.
Un peu comme la nuit, l’accoutumance des yeux à l’ombre, qui devient pénombre, puis ombre à nouveau.
Pas de fin à cette lente descente.
Mais imaginer que la lumière n’ait pas cycle. Pas de jour, ni de nuit. Pas de succession, pas d’évidence.
Juste celle-là.
Ça peut toujours être plus sombre.
On se complait ouvertement mais au fond on n’a jamais vraiment envie, on voudrait remonter, que ce soit facile de remonter, enfin.
Mais où vous croyez-vous ? Comment pouvez-vous croire que c’est facile de remonter. Au fond. On reste au fond. Plus bas.
Descend encore.
Pas envie.
Même si pas envie.
Même si pas envie, on t’a dit !

dimanche 3 juin 2012

Un dimanche pourri parmi tant d'autres


Aujourd'hui l'humeur n'est plus aux pioupious les p'tits oiseaux qui chantent au monde des Bisounours. Ce ne serait pourtant pas pour me déplaire je l'avoue.

Mais tu es très perspicace, tu as deviné qu'aujourd'hui, ce ne sera pas le cas. Je ne vais pas jouer à la boute en train, je ne vais pas faire le clown ou jouer à la forte. Non. Aujourd'hui,  je vais me plaindre, allègrement. C'est mon blog, je fais ce que je veux après tout.


Je vais donc te donner la recette pour réussir un dimanche bien pourri:


1) Tu prends un dimanche, et tu lui mets de la pluie, dès le matin. Pas de la neige, parce que la neige, c'est boôOÔOôo. Pas une petite pluie printanière et intimiste non plus. Non, de la pluie, forte, bruineuse, avec des éclairs ou de la grêle si tu veux, mais de la pluie qui mouille. C'est très important pour le reste de la journée.


2) La veille, tu prendras soin de te coucher trrrrrès tard, pas parce que tu as fait la fête, non, ce serait trop sympa, mais plutôt parce que ton organisme aura décidé sans te prévenir de se mettre un gros décalage horaire dans la couette, comme ça, pour le plaisir, et surtout que tu as regardé des films à la con (ceux qui sont sensés te faire pleurer et y parviennent à coup sûr, ou ceux sensés te faire rire et qui se plantent la majorité du temps) sur ton ordinateur pratiquement toute la nuit (Internet est vraiment magique pour les insomniaques torturés!). Oui, le dimanche pourri se prépare à l'avance!


3) Tu es donc levée, la matinée est largement terminée, et il pleut, deux bonnes raisons pour t'empêcher d'aller chercher des croissants ou du pain frais à la boulangerie. Tu te contenteras donc de ton café matinal de la semaine, en un peu moins sympa parce qu'en plus, tu n'as plus de café.

4) 14H: devant le temps plus que maussade et l'irrépressible besoin de sortir de chez toi pour ne pas devenir fou, tu regardes autour de toi te demandant ou tu pourrais bien aller trainer ton spleen. Sur les conseils des amis, tu te motives, car oui il faut sortir, ne pas rester à broyer du noir inutilement, ou pire: commencer à réfléchir. Alors tu tentes d'y croire que ça pourra un peu égayer ce dimanche dégoulinant de morosité Tu postes un statut sur Facebook par pur désœuvrement, car les dimanches pourris on ne s'imagine pas que ses petits états d'âmes minablement égocentriques puissent intéresser qui que ce soit, les dimanches pourris nous transforment en êtres résolument clairvoyants.


5) 15H: Tu as faim, mais tu as la flemme. Les livreurs de pizza sont fermés, donc tu te réchauffes un peu de rien qui traîne au frigo en prenant soin de ne pas vérifier la date de péremption, et tu te fais une sorte de gloubiboulga en hommage à ces petits riens que faisait ta grand-mère pour te caler les jours de pluie. C'est bizarre, mais à 8 ans, ça semblait plus appétissant. Comme tu as faim, tu manges, avec la consolation qu'au moins, c'est chaud et ça te tiendra au corps jusqu'à ce soir...


6) 16H15: Tu regardes pour la quinzième fois si quelqu'un a décidé de se souvenir que tu existes. Apparemment, tes amis ont décidé d'hiberner pour la journée... sauf ceux qui sont trop occupés par leur vie familiale bien remplie pour te venir en aide, et qui finalement te déprimeraient encore plus. Tu décides alors d'aller te doucher, et finalement, de te faire belle (on ne sait jamais, le prince charmant se trouve peut-être dans un recoin de ton inconscient, tu ne voudrais pas qu'il te voit avec cette tête là?!)


7) 17H30: Tu pars de chez toi, lavée, habillée, maquillée, brushée (c'est dimanche, il pleut, les heures comptent double alors tu as le temps, alors que la semaine, non). Perchée sur tes sandales ouvertes à talons aiguilles, tu enfiles on plus bel imper. Allez hop, action, on se motive, ce n'est pas une raison pour broyer du noir, et il parait que se faire belle me redonne le moral!


8) 17H35: tu ouvres ton parapluie, et te dis que le brushing sous la pluie, ce n'était pas une bonne idée...


9) 17H50: tu arrives nulle part. Apparemment, puisqu'il pleut (au cas où depuis le paragraphe précédent, tu aurais oublié...) le reste du monde n'a pas eu la même idée que toi, et décidé de rester au chaud à la maison. La ville ressemble à un no mans land investi par les corbeaux. Du coup, tu pars en quête d'un salon de thé pour prendre une boisson chaude, une pâtisserie pour te réconforter, vérifier que l'humanité existe encore. Tu en profites pour faire le tour des  rares vitrines fermées qui jalonnent ton chemin, pour passer le temps, et tu t'aperçois que les promenades sous la pluie le dimanche, c'est un sport qui se pratique en couple. Tu vérifies: non, tu es seule sous ton parapluie. Après avoir parcouru la rue principale du centre-ville en vain, tu décides de remonter chez toi, sans boisson chaude ni aucune forme de sucre pour te réconforter.


10) 18H25: Tu te réconfortes comme tu peux: après tout, il vaut mieux n'avoir croisé personne car les dimanches de pluie les gens sentent le chien mouillé. Répandre son fiel les dimanches pourris est un sport qui peut parfois sembler reconfortant. Tu passes devant 3 pâtisseries fermées, et tu as l'impression d'y voir l'histoire de toute ta vie: toutes ces choses alléchantes tu les observes derrière une vitre hermetiquement close, tu n'y as pas accès, tu te contenteras d'en avoir envie sans pouvoir y toucher. A ce moment là ta déprime est au beau fixe. Tu renonces.


11) 18H45: tu t'installes devant ton ordinateur, avec une tisane bien chaude et un clafouti industriel en barquette aluminium périmé et assez dure pour te casser les dents dessus, une bougie aux épices, un peu de musique classique et tu entreprends de saper le moral d'autres personnes en racontant ta journée... parce que ça, ça remonte un peu le tien, de moral.

mercredi 11 avril 2012

Vivre avec un historien d’art indépendant: mode d’emploi

Vous avez rencontré sur votre chemin un historien d’art indépendant et vous aimeriez en savoir plus sur cet étrange  « Indiana Jones » des temps modernes, aussi énigmatique que sa drôle de dégaine le laisse entrevoir. Époux, épouses, amoureux, amoureuses, partenaires de PACS, amis, copains, voisins, illustres inconnus croisés dans la rue, c’est à vous que je m’adresse. Voici un petit guide pour mieux déchiffrer, autant que cela soit possible, le mode de vie et les besoins de cet extra-terrestre.
Tout d’abord comprenez bien que ce billet considérera exclusivement de l’historien indépendant. Inversement proportionnel à son homologue fonctionnaire, l’indépendant est un loup perpétuellement à la recherche d’une occasion de gagner sa croute, mais nous y reviendrons…
Travail
Alors que vous partez au bureau, l’air serein du salarié qui sait déjà comment va se dérouler sa journée, à quelle heure elle va se terminer et que votre seule préoccupation est d’ouvrir le deuxième œil avant de franchir le seuil de votre entreprise, lui est déjà assis à son bureau devant son ordinateur. Quand vous revenez du travail après une dure journée de labeur formatée, lui est toujours assis devant son ordinateur. Alors que vous avez enchaîné réunions, besogne et déjeuner d’affaires, l’historien vous donne le sentiment que le temps s’est arrêté chez lui. Non, non, ce n’est pas le cas ! Simplement, il vous faut comprendre que l’historien dispose d’une singulière aptitude à passer de nombreuses heures à la même place. En fait, son milieu naturel est entièrement maximisé en fonction de ses obligations : clavier et souris superergonomiques, écran configuré de sorte à ne pas épuiser la vue ou ses lunettes à plusieurs foyers, siège datant souvent d’un autre siècle et dont le confort optimum est inspiré des instruments de tortures médiévaux (avouons-le l’historien est par essence un peu maso), ordinateur puissant, table de travail aux proportions excessives… L’historien a su aménager son terrier pour y passer de longues heures. Et puisque nous en parlons, de quelle façon les comble-t-il ?
Au moment où vous quittez votre domicile, lui va accomplir le premier geste de sa journée de labeur: faire du café. Après, son sempiternel mug à portée de main, il s’assied à sa table, dont le fourniment ne laisse rien à la chance. Étudions son milieu naturel: le siège sur lequel il prend place a surement fait l’objet d’une longue recherche. Si, si ! Imaginez les heures entières qu’il a immanquablement  passées dans les brocantes et dépôt-ventes de toutes sortes à chercher la perle rare, celui qui livrera l’inspiration, qui est suffisamment inédit tout en s’accordant idéalement au reste de sa décoration quasiment étudiée, et fondamentalement celui qui semble vouloir relater son histoire… pour en définitive opter pour la chaise  qui est déjà sur place, celle en formica qui traine dans un recoin car la perle rare sur laquelle poser son séant honorablement fera, gageons-le, partie d’une des grandes quêtes insolubles de sa vie. Et tant pis pour ses lombaires ou ses cervicales coincées, son dos voûté et ses fesses douloureuses. Il allume son ordinateur et classe ses notes, ordonne ses livres, empile ses documents, sa check list à portée de vue, les photos qu’il a découvertes ou prises non loin de là, saisit sa souris spécialement prévue pour lui éviter un syndrome du canal carpien et commence par lire ses e-mails, puis passe en revue ses abonnements RSS, ses journaux favoris, se connecte à MSN, etc. Cela peut paraître paradoxal, mais pour quelqu’un qui sort peu de chez lui, le chercheur est souvent très bien informé ! Mais rarement de l’actualité commune… Ne vous leurrez pas ! Ce n’est pas parce qu’il est capable de vous exposer chaque minute de la dernière expérience de datation au carbone 14 ou vous expliquer  la mise à jour de la charte d’éthique concernant la conservation préventive de l’UNESCO que cet animal aux yeux rouges n’a rien fait de sa journée, bien au contraire. Le chercheur est un individu multitâche capable d’écouter le dernier colloque au sujet de la refonte du système institutionnel de recherches universitaires, de lire les mises à jour de son compte Facebook, tout en négociant sa prochaine pige alimentaire et en avançant dans son analyse iconographique en cours, sa tasse caféinée à la main. Une simple question d’habitude !
Il peut arriver que vous le surpreniez à parler tout seul durant un long moment. Pas d’affolement, n’appelez pas l’hôpital psychiatrique le plus proche : pour protéger le flux incessant de ses réflexions d’une surchauffe intellectuelle mal venue, l’expert a fini par prendre l’habitude d’exprimer ses pensées à haute voix, de spéculer en mode sonore, de dialoguer avec lui-même, car la parole, c’est bien connu, n’ira jamais si vite que son encéphale véloce !
Parfois, le besoin de recherches sur le  terrain l’amène à sortir de chez lui. Quitter son ordinateur, ses bouquins et prendre le risque de rencontrer des gens bien en vie ? En chair et en os ? Pas de problème, notre aventurier des temps modernes a dans son cabas un appareil photo, un caméscope, un carnet de notes, un téléphone portable, une barre multivitaminée, des bottes à bout renforcé, un plan détaillé, une boussole, une thermos de café, ses lunettes de vue, de soleil, de l’écran total, un exemplaire de la vie des peintres de Vasari, un autre d’ E. Panofsky ou F. Villon suivant l’humeur, savant panachage lui permettant de survivre en milieu hostile pendant au moins quelques heures où qu’il se trouve.
Un travailleur acharné, le chercheur en art ? Heureusement, non. Il a aussi des congés et une vie sociale !
Loisirs
Si vous ne deviez vous souvenir que d’une chose sur ce qu’est l’historien indépendant, c’est que c’est un individu insatiable de savoir. Quoi de plus évident, tandis qu’on passe l’essentiel de sa vie à se documenter pour mieux interpréter ? Aussi, même dans ses loisirs, l’historien a une propension à être un geek. Qu’il pratique le volley-ball, la danse orientale, qu’il joue au backgammon ou se passionne pour le scrapbooking, le chercheur s’est informé sur l’activité qui ’adopte. L’amateur de gastronomie sera chevronné pour vous livrer la date à laquelle est sorti le premier viandier et qui était Taillevent, le skieur patenté est évidemment au courant du nom de l’inventeur  et du contexte historique des premiers skis, de tous les perfectionnements qu’ils ont obtenu au cours des années, et je ne vous parle pas du cinéphile ! Le pire, c’est peut-être de sentir avec quelle aisance l’astre dément que vous côtoyez est parvenu à s’attribuer ces connaissances, comme si c’était une évidence : « ben quoi, tu ne savais pas que le mascara c’était de la poudre d’antimoine au départ ? » dira l’adepte de cosmétiques, prête à professer l’histoire du maquillage aux vendeuses de Sephora.
Vie sociale
Fort heureusement, l’historien a quand même une vie sociale. D’abord, il y a ses proches, les copains et la famille. Si ce sont des relations de longue date, ils sont généralement familiarisés aux comportements insolites chercheur et savent qu’il est capable de relater l’histoire de la galette des Rois dans toutes  les régions de France (ou plus si affinités) à toute la famille assemblée pour l’épiphanie ou qu’il est le seul à arborer un ordinateur en congés pour écrire quelques pages pendant que les autres se reposent… Si ce sont des connaissances récentes, l’expert se dévoilera souvent à l’écoute de ses semblables humains. Eh oui, car sa profonde curiosité fait qu’il a perpétuellement l’air passionné par les gens qu’il rencontre, particulièrement s’ils ont une profession principalement artisanale, d’expertise ou artistique, pleine de techniques à connaitre et à creuser. Il ira encore de temps à autre jusqu’à laisser sa carte, on ne sait jamais, la vie est une opportunité de réseau. Quelquefois, il ne peut s’empêcher d’exhiber sa culture. De ce fait, si vous passez une soirée entre amis, proscrivez les quiz et autres Trivial Pursuit ! Après cinq victoires successives, plus personne ne désire jouer avec lui.
Le soir, en rejoignant son domicile, ce cher amour ne cesse de bassiner tout ce qui bouge et porte oreilles sur cette conférence formidable au sujet de l’emploi de l’hermine dans la peinture al fresco au 16 ème siècle, de vous décrire les individus vieux de plusieurs siècles qu’il a rencontrés au détour d’un manuscrit ou d’une base de données, de promettre de vous présenter in situ le dernier débris du chevalet de ce peintre ignoré de tous mais qui a toutefois une importance irréfutable aux yeux de la science et de vous rapporter tous ces bons mots et autres jeux d’esprit de coupeurs de cheveux en quatre que vous ne saisissez pas. Soyez magnanime et à défaut de comprendre son exaltation, faites au moins mine de vous y intéresser ! N’oubliez pas que lorsque vous, vous avez passé une semaine complète avec des collaborateurs que vous ne désireriez surtout pas croiser en plus le weekend, l’historien d’art, lui, n’a vu personne (sauf des morts, des tombes et des livres et encore des bases de données). Comprenez-le, pouvoir retrouver des gens qui vivent dans le réel, pour converser d’un sujet qui le passionne (qui a dit qui n’intéresse que lui ?), c’est un peu comme aller à Disneyland ! Et le plus beau, c’est de sentir avec quelle fièvre il tentera de vous persuader de la majesté de la dernière réforme du code des usages au 17 ème ou d’aller voir un film d’auteur sur la vie de Pieter Bruegel sous-titré en scandinave.
Époux, épouses, amoureux, amoureuses, partenaires de PACS, amis, copains, voisins, illustres inconnus croisés dans la rue, voici donc une ébauche de l’ordinaire de votre historien d’art indépendant préféré, fait de transcriptions, de culture, de révélations, de solitude et très souvent d’humour. Ce martien est un passionné et un exalté, mais n’est-ce pas là très exactement ce que vous chérissez chez lui ?